L’appel du lac (2002) – Carol GOODMAN

Un pensionnat de jeunes adolescentes, des légendes, des mystères, des morts, des secrets, du latin, ce roman fourmille d’ingrédients qui ont tout pour me plaire. Pendant quelques jours, je me suis plongée avec plaisir dans ce récit, mêlant passé et présent, totalement sous le charme de cette atmosphère cristalline, toute de glace et d’eau.

Depuis Les enfants terribles de Jean Cocteau, j’ai toujours été fascinée par les couples frère/sœur dans la littérature et le binôme formé par Lucy et Matt a été pour beaucoup dans mon engouement pour ce roman. Fusionnels, complices, quasi-incestueux, ils conservent leur aura et leur mystère d’un bout à l’autre du récit.

Le personnage de Jane est également bien choisi et bien construit car dans son passé comme au moment de son retour à Heart Lake, elle reste une observatrice. Les extraits de son journal intime d’adolescente ainsi que son récit au présent ou encore ses souvenirs nous montrent à quel point elle était sous la coupe de Lucy, trop pour se rendre compte de ce qui se passait réellement. Le lecteur lui, au contraire, se retrouve dans une position qui lui permet d’englober plus largement la situation tout en restant à la merci des évènements qui continuent à se dérouler.

J’ai un petit bémol toute fois pour les cinq dernières pages qui m’ont paru un peu trop « happy end » et surtout arrivant comme un cheveu sur la soupe. Hormis ça, je ne vois aucune raison de résister à L’appel du Lac.

PRÉSENTATION
A Heart Lake, pensionnat de jeunes filles, les légendes du passé se mêlent aux mystères du présent. Jane vient d’être nommée professeur de latin dans ce lieu où elle fut étudiante. Lors de sa dernière année de lycée, trois de ses camarades périrent noyées dans d’étranges circonstances. Aujourd’hui, le passé ressurgit violemment. Une de ses élèves se suicide et des pages de son journal intime, autrefois disparu, réapparaissent… Quelqu’un serait-il décidé à lui faire payer les noyades d’antan ? L’appel du lac sera-t-il le plus fort ? La légende ne dit-elle pas que, si une jeune fille se noie, deux autres la suivent… inévitablement ?

Les visages (2008)- Jesse KELLERMAN

Après avoir lu le père et la mère avec plaisir, je découvre la plume du fils Kellerman avec ce roman qui a beaucoup plu, d’après ce que j’ai pu lire. Je me range d’ailleurs du côté des convaincu(e)s car j’ai beaucoup aimé Les Visages.

J’avoue cependant avoir été plus séduite par l’histoire et par la construction du récit que par l’écriture en elle-même.

Le récit se situe dans les années 2000 et démarre au moment où Ethan Muller, jeune marchand d’art, découvre par l’intermédiaire d’un ami de la famille, des dessins fascinants, qu’il décide d’exposer alors même que leur auteur a disparu dans la nature. Un ancien policier remarque une étrange ressemblance entre les visages représentés et les victimes de meurtres vieux de quelques années. Commence alors une enquête officieuse afin de retrouver l’auteur des dessins et vraisemblablement des meurtres également.

Le récit mêlant investigations et conversations mondaines autour de l’art est entrecoupé de brefs interludes menant petit à petit au mystérieux dessinateur. J’ai beaucoup apprécié ces petites pauses qui n’ont l’air de mener à rien au départ mais qui présentent un intérêt certain.

Par contre, j’ai été effarée par le monde de l’art tel qu’il est présenté dans le roman : de l’argent, de l’apparat et peu ou pas de goût véritable. Certaines « œuvres d’art » ne sont à mes yeux que de vulgaires escroqueries…

Au final, j’ai passé un très bon moment de lecture : les pages défilent, on en s’ennuie pas une seconde et on en redemande.

PRÉSENTATION
La plus grande œuvre d’art jamais créée dort dans les cartons d’un appartement miteux. Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, décide aussitôt d’exposer ces étranges tableaux, qui mêlent à un décor torturé d’innocents portraits d’enfants. Le succès est immédiat, le monde crie au génie. Mais un policier à la retraite croit reconnaître certains visages : ceux d’enfants victimes de meurtres irrésolus…

Apocalypse bébé (2010) – Virginie DESPENTES

Point de départ de l’histoire : Valentine, une adolescente paumée, mal aimée, qui ne croit plus en rien mais est pourtant prête à croire à n’importe quoi, disparaît. Lucie, la détective qui la file depuis deux semaines à la demande de la grand-mère de la jeune fille, est chargée de la retrouver au plus vite.

Mais là, ça va, elle a assez fait confiance, pour une vie. Elle est fatiguée de leurs gesticulations, tous. Elle voit leur vide. Ils s’accrochent à n’importe quoi. […] Elle n’en veut plus de ces plaisirs qui donnent toujours la gueule de bois.

Devant l’ampleur de la tache, Lucie fait appel à La Hyène, un mythe dans le milieu, une lesbienne notoire dont le charisme n’a d’égal que sa férocité. Débute alors pour ce drôle de binôme un road-movie de Paris à Barcelone, ponctué d’étapes plus ou moins glauques, sordides ou même parfois tendres.

La narratrice est Lucie, créature insignifiante au point que même si c’est elle qui mène l’enquête et le récit, elle est facilement occultée par les autres protagonistes et par La Hyène en premier. L’enquête est entrecoupée de portraits des divers personnages du roman ayant rapport à Valentine, que ce soit son père, sa belle-mère, son cousin ou encore La Hyène.

Cette dernière a été à mes yeux un des principaux attraits du roman. Elle est littéralement fascinante, complexe, divisée. Tandis que Lucie n’est jamais décrite par plus d’une phrase, La Hyène est disséquée, observée. Sa posture, ses fringues, sa voix, son intonation, elle accroche les regards des gens et l’intérêt du lecteur dès la première rencontre.

C’est le plaisir qu’elle y prend qui est le plus dérangeant. Elle a un don pour suggérer que ça pourrait dégénérer, qu’elle ne demande pas mieux. Elle s’adresse au petit brun avec une douceur sous laquelle elle ne cherche pas à cacher une part de démence pure.

Pourtant, la Hyène avait compris que ça ne servirait à rien. Ce qui était en route était inévitable, mais il fallait qu’elle aille y voir de plus près.

Bien sur, l’écriture de Virginie Despentes ne plait pas à tout le monde mais j’ai toujours apprécié ses romans et celui-ci ne déroge pas à la règle.

Elle ne voit autour d’elle aucun adulte qui ait une direction. Un reste de dignité. Compromissions, à tour de bras, ils se démènent pour justifier tout ça. Ils disent que c’est un choix. Tout ce qu’il faut bouffer de merde, ils l’avalent sans rechigner. Ils ne savent qu’obéir, à n’importe quel ordre. Survivre, à n’importe quel prix. Elle va mettre un coup de frein là-dedans. Le monde qu’ils ont construit, elle va y mettre un peu d’ordre.

PRÉSENTATION
Valentine disparue… Qui la cherche vraiment ?
Entre satire sociale, polar contemporain et romance lesbienne, le nouveau roman de Virginie Despentes est un road-book qui promène le lecteur entre Paris et Barcelone, sur les traces de tous ceux qui ont connu Valentine, l’adolescente égarée… Les différents personnages se croisent sans forcément se rencontrer, et finissent par composer, sur un ton tendre et puissant, le portrait d’une époque.