Les lieux sombres (2009) – Gillian FLYNN

Une agréable surprise que ce roman de Gillian FLYNN. Je continue ma découverte des éditions Sonatine, je n’en suis qu’au début mais ça donne envie de persister.
A l’âge de 7 ans, Libby Day a vu sa famille décimée une nuit de janvier 1985. Ses deux sœurs et sa mère ont été tuées et son frère Ben envoyé en prison à vie pour ces meurtres. 24 ans plus tard, alors qu’elle se retrouve à court d’argent, elle est approchée par une association, un « Kill Club », cherchant à prouver l’innocence de Ben. Le témoignage à charge de Libby ayant fortement contribué à le faire condamner, elle est tout d’abord réticente mais nécessité faisant loi, elle se lance sur les traces de son passé, n’hésitant pas à affronter la « zonedombre » de ses souvenirs.

Les chapitres donnent la parole d’une part à Libby de nos jours et d’autre part à Ben et Patty (la mère de Libby) qui déroulent le récit de cette journée d’horreur.

On voit se dessiner progressivement le portrait d’une mère célibataire totalement débordée, coincée entre ses problèmes d’argent et l’éducation de ses enfants. On sent l’étau se resserrer autour d’elle inexorablement mais aucune solution n’apparait. Conséquence plus ou moins directe de cette situation, Ben est un adolescent renfermé, taciturne, n’ayant pas beaucoup d’amis, mal dans sa peau, dont on n’aura aucun mal à penser qu’il puisse être à l’origine des meurtres sanglants de sa famille.

De nos jours, le tableau n’est guère plus brillant : Libby, traumatisée comme de juste par ce qu’elle a vécu, se laisse vivre, sans beaucoup réfléchir au passé ou à l’avenir. « La mesquinerie qui m’habite est aussi réelle qu’un organe. » En se lançant, au départ à contrecœur, dans cette « enquête », elle va elle-même se remettre en question. Elle va par la même occasion découvrir énormément de choses sur sa famille qu’elle ne savait pas ou qu’elle avait occultées.

Les chapitres s’enchainent aisément et on tourne les pages sans s’en apercevoir, s’acheminant petit à petit vers l’horrible vérité sur ce qui s’est déroulé ce jour-là. Et la révélation finale s’est avérée à mes yeux encore plus cauchemardesque que tout ce que j’avais pu imaginer tout au long de ma lecture.

PRÉSENTATION

Début des années 1980. Libby Day a sept ans lorsque sa mère et ses deux sœurs sont assassinées dans leur ferme familiale. Rescapée par miracle, la petite fille désigne le meurtrier à la police, son frère Ben, âgé de 15 ans. Ce fait divers émeut tout le pays, et la jeune Libby devient un symbole de l’innocence bafouée. Vingt-cinq ans plus tard, alors que son frère est toujours derrière les barreaux, Libby, qui ne s’est jamais remise du drame, souffre de dépression chronique. Encouragée par une association d’un type très particulier, elle accepte pour la première fois de revisiter les lieux sombres de son passé. C’est là, dans un Middle West désolé, dévasté par la crise économique et sociale, qu’une vérité inimaginable commence à émerger. Et Libby n’aura pas d’autre choix pour se reconstruire, et peut-être enfin recommencer à vivre, que de faire toute la lumière sur l’affaire, quelles qu’en soient les conséquences. Bien loin des clichés et du manichéisme qui encombrent la plupart des thrillers contemporains, Gillian Flynn nous offre ici une intrigue d’une densité rare, des personnages complexes, tragiques, terriblement humains. Considérée dès son premier roman, Sur ma peau, comme l’une des voix les plus originales du thriller contemporain, elle confirme avec ce livre, où l’on retrouve son style intense et viscéral, son immense talent.

 

Tout peut arriver (2005) – Jonathan TROPPER

Voilà qui réchauffe le cœur après le bide de ma lecture précédente ! (Lipstick Jungle) J’avais déjà lu un Jonathan Tropper, Perte et fracas, gentiment prêté par Manu et qui m’avait séduite par ses personnages loufoques et attachants. J’ai retrouvé ici le même ton léger et pourtant bien plus grave.

A 32 ans, Zach donne l’image d’un homme parfaitement accompli et heureux. Cependant, à la première inquiétude au sujet de sa santé, et si vous rajoutez à cela le retour d’un père absent depuis des années, les failles vont se révéler pour apparaître au grand jour et faire voler en éclats sa petite vie bien ordonnée.

J’ai trouvé Zach, sa famille et ses amis, très attachants et j’ai pris plaisir à les suivre dans leurs mésaventures même si notre héros m’a souvent agacée avec ses hésitations et son incapacité à prendre une décision franche et tranchée. En même temps, si il y était arrivé, le livre aurait tourné court ! ?? Les personnages sont tous un peu stéréotypés et l’auteur force parfois un peu le trait mais cela n’a pas vraiment gêné ma lecture.

Un roman agréable mais peut-être pas inoubliable, qui n’a pas été sans me rappeler parfois Nick Hornby, par son regard désabusé mais attendri sur certains aspects générationnels de notre société.

PRÉSENTATION

En apparence, Zach fait partie des nantis. Il vient de passer le cap de la trentaine, partage son lit avec Hope, la plus belle des fiancées, son appartement, avec Jed le millionnaire, et travaille dans une société de services. Mais si on creuse un peu, rien ne va plus. Du matin au soir, Zach pense à Tamara, la veuve de son meilleur ami. Son colocataire passe ses journées à fumer des joints dans le plus simple appareil, vautré devant la télé. Et son boulot consiste à rester suspendu au téléphone pour servir de réceptacle aux récriminations de ses clients… Tout ça avec le sourire, bien sûr ! Puis, un beau jour, Zach va devoir résoudre de vrais problèmes. Des déraillements de santé inquiétants, et surtout, la réapparition, après des années d’absence, d’un père extravagant… Pourtant, il devrait bien savoir d’expérience que tout peut arriver !

Le Cercle Fermé (2004) – Jonathan COE

Après avoir adoré Bienvenue au Club, je dois reconnaître que la magie a beaucoup moins bien opéré avec cette suite.

Bien que le synopsis de Bienvenue au Club placé à la fin du livre m’ait été d’une aide précieuse, j’ai eu un peu de mal à re-situer les personnages. De plus, les années passées (une vingtaine) ne leur ont pas fait du bien à tous. Par exemple, je ne me rappelais pas un Benjamin si agaçant, indécis, passif, une véritable tête-à-claques si vous me passez l’expression.

Avec Le Cercle Fermé, nous faisons un bond de vingt ans en avant pour retrouver les protagonistes de Bienvenue au Club qui ne sont plus des adolescents mais des quadras plus ou moins établis dans la vie.

Certains sont mariés, d’autres divorcés, avec ou sans enfants. Certains ont suivi la voie qui semblait tracée pour eux tandis que d’autres surprennent, ou déçoivent. Mais à l’aube des années 2000, le contexte politique est mouvementé et au rythme des licenciements de masse, des manifestations, de la montée en puissance du terrorisme, de la guerre en Irak, quelques uns d’entre eux vont voir leur vie prendre un tournant radical.

Je les ai suivis sans déplaisir mais sans enthousiasme non plus. Même le style de Jonathan COE qui m’avait charmée lors de ma découverte de l’auteur n’a pas suffi à faire remonter mon intérêt pour son roman. Voici une suite que j’attendais de lire avec impatience mais qui m’a laissée sur ma faim.

PRÉSENTATION

L’Angleterre de Tony Blair entre dans le nouveau millénaire, et les héros de Bienvenue au club dans l’âge mûr. Vingt ans après, qu’ont-ils fait de leurs idéaux de jeunesse ? N’auraient-ils d’autre choix qu’entre compromissions et immobilisme ? Seul l’affreux Paul, leur cadet, un politicien opportuniste, semble s’adapter à ces temps nouveaux et aux nouveaux cercles du pouvoir. Mais si les utopies des années soixante-dix semblent maintenant lointaines, il suffit de bien peu pour faire resurgir les fantômes du passé… Jusqu’à ce que le cercle se referme. Tout en déroulant la chronique de l’histoire immédiate, du choc de la mondialisation à la guerre en Irak, Jonathan Coe fait le portrait d’une génération en proie à d’irréductibles contradictions. Impitoyable satiriste, il brosse un tableau ravageur de l’Angleterre de Tony Blair, qu’il dénonce avec la fureur vengeresse jadis réservée au thatchérisme. D’une lucidité aussi réjouissante qu’inconfortable, le diptyque composé de Bienvenue au club et du Cercle fermé se fait le miroir non seulement d’un pays, mais d’une époque tout entière, et constitue une fresque aussi ambitieuse et aussi aboutie que Testament à l’anglaise.