L’amie prodigieuse (2014) – Elena FERRANTE

Une amie aux goûts très surs en matière de littérature m’a conseillé cette saga il y a quelques mois et je ne regrette pas d’avoir suivi son avis.

Je n’ai pas fait de billet juste après ma lecture car je partais en vacances et je n’avais ni le temps, ni la concentration nécessaire. Cependant, je me souviens avoir trouvé ce roman foisonnant et très prenant.

La peinture qui est faite de ce quartier napolitain et de ses coutumes est saisissante. Ce qui m’a frappée est la violence très présente mais quasiment habituelle pour les habitants de ce quartier. Les conflits se règlent dès l’enfance à jets de pierres et autres bagarres.

Les études ne sont pas monnaie courante mais pourtant Elena, soutenue par l’institutrice auprès de ses parents, va aller au collège puis au lycée. Lila, pourtant brillante, n’aura pas cette chance. Les deux amies ne s’éloignent pas pour autant et gardent un attachement fort l’une pour l’autre malgré leurs différences.

Ce premier tome suit Lila, Elena et leurs camarades de quartier de l’enfance jusqu’à la fin de l’adolescence et j’ai hâte de lire la suite !

PRÉSENTATION

Naples, fin des années cinquante. Deux amies, Elena et Lila, vivent dans un quartier défavorisé de la ville, leurs familles sont pauvres et, bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila, la surdouée, abandonne rapidement l’école pour travailler avec son père et son frère dans leur échoppe de cordonnier. En revanche, Elena est soutenue par son institutrice, qui pousse ses parents à l’envoyer au collège puis, plus tard, au lycée, comme les enfants des Carracci et des Sarratore, des familles plus aisées qui peuvent se le permettre.

Durant cette période, les deux jeunes filles se transforment physiquement et psychologiquement, s’entraident ou s’en prennent l’une à l’autre. Leurs chemins parfois se croisent et d’autres fois s’écartent, avec pour toile de fond une Naples sombre mais en ébullition, violente et dure. Des chemins qui les conduiront, après le passage par l’adolescence, à l’aube de l’âge adulte, non sans ruptures ni souffrances.
Formidable voyage dans Naples et dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse trace le portrait de deux héroïnes inoubliables, qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse jusqu’au plus profond de leur âme.

 

La suture (2016) – Sophie DAULL

Il est très difficile d’émettre un avis sur un tel livre. Il est tellement personnel que juger le roman équivaut presque à nier le chagrin et la douleur de l’auteure.

J’ai lu le livre qu’elle a écrit après la mort de sa fille et il m’a vraiment touchée, émue aux larmes.

Ici, Sophie Daull part sur les traces de sa mère qui était très secrète sur son passé, et dont elle connaît peu de choses finalement. Elle ne parle pas du fait divers qui lui a coûté la vie et de ce fait, évite l’effet « voyeurisme ».

On sent énormément de tendresse dans ses lignes et Sophie Daull évoque parfois sa fille Camille, comme une compagne qui ne la quitte jamais.

Par contre, si j’ai été très touchée par Camille, mon envolée, ce livre-ci m’a moins émue. Je l’ai lu rapidement mais sans m’attacher outre-mesure à l’histoire ou aux personnages ; hormis les passages où elle évoque Camille qui m’ont serré le cœur.

Maintenant que vous dormez ensemble jusqu’à la fin du mon-on-on-de, je ne chante plus. J’écoute vos sirènes.

Je vais reprendre le fil générationnel que la mort a trouvé marrant de couper entre ses dents, telle une couturière capricieuse et impatiente, et je vais raccommoder les trous, faufiler des pièces aux coudes et genoux de ce grand squelette prématurément décharné.

…à moi qui vis au-dessus de mes moyens, dans tous les sens du terme, dans le luxe noir de la douleur.

J’écris ça : « Je suis devenue la mère de ma mère. » Dans l’autre livre, celui en bleu pour Camille, j’écrivais : « Je suis devenue l’enfant de ma fille. »

PRÉSENTATION

Alors qu’elle vient de perdre Camille, sa fille de seize ans, Sophie Daull se penche sur le passé de sa mère, Nicole, une femme mystérieuse, disparue elle aussi, il y a trente ans. Munie de maigres indices – quelques lettres et photos tenant dans une boîte à chaussures –, elle entreprend de déchiffrer les lieux et paysages où Nicole a vécu, les visages qu’elle a connus, et tente de reconstituer ainsi une existence troublante.

À larges aiguillées joyeuses, poétiques ou bancales, l’auteure va coudre passé et présent, fiction et réalité, grand-mère et petite-fille, dans ce roman en forme d’enquête généalogique, qui vagabonde dans la France de l’après-guerre jusqu’aux années 80.

Se dessine ainsi la figure de Nicole, dont la frêle beauté et la timidité intriguent, porteuse d’une énigme qu’elle semble elle-même ignorer, chahutée depuis l’enfance par les rudesses d’une vie sans ménagement. Nicole, que le lecteur débusquera avec émotion derrière ses larges lunettes et la fumée de ses Gitanes…

Le saut de l’ange (2017) – Lisa GARDNER

Après un livre « coup de cœur », j’ai toujours besoin d’enchaîner sur une lecture plus légère, qui ne sollicite pas trop mes émotions ou mes neurones.

J’ai donc choisi un livre de Lisa Gardner, une auteure qu’il ne me semble pas avoir lu auparavant. Du suspense américain que j’espérais efficace. Et bien, ce livre a parfaitement rempli son office.

Par une nuit d’orage, Nicky Franck a un accident de voiture. Elle en réchappe mais affirme que sa fille, qui était avec elle dans le véhicule, a disparu. Mais son mari, quant à lui, apprend aux enquêteurs qu’ils n’ont pas d’enfant et que sa femme est perturbée.

Adoptant le point de vue de Nicky ou celui des policiers chargés de l’enquête, la romancière amène son lecteur vers le dénouement, sans lui laisser le temps de s’ennuyer.

J’ai aimé que l’auteure distille des indices deci-delà, afin de nous aider à comprendre. Cela dit, même si j’ai deviné certaines choses en cours de lecture, je ne serais jamais parvenue seule à trouver ce qui s’était passé.

D’autre part, les enquêteurs ont leur propre histoire. Il me semble avoir compris que l’une d’entre eux, Tessa Leoni, apparaît dans d’autres romans. Je sais donc ce qu’il me reste à faire après mon prochain livre « coup de cœur ».

PRÉSENTATION

Nuit noire et pluvieuse sur le New Hampshire : sur la route, une voiture fait une violente embardée. Au volant, une femme qui ne se souvient de rien, sauf d’une chose : Vero, sa fille, qui était avec elle, a disparu. Tout est immédiatement mis en œuvre pour la retrouver, en vain… Jusqu’à ce que Thomas, le mari de Nicole, dévoile que sa femme a perdu la raison : l’enfant n’a jamais existé ! Pourtant, il y avait une autre personne avec elle dans la voiture lors de l’accident, les recherches de la police l’ont confirmé. Alors, qui était-ce ? Qu’est-elle devenue ? Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?

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L’homme de la montagne (2014) – Joyce MAYNARD

Je n’ai pas souvenir d’avoir déjà été déçue par Joyce Maynard. À nouveau, je suis conquise par un de ses romans.

L’histoire se déroule en deux temps. La première partie se concentre sur le milieu de l’année 1979, année des 13 ans de Rachel, la narratrice.

Rachel et Patty, sa sœur de deux ans plus jeune, enfants de parents divorcés, sont laissées très libres par leur mère, avec qui elles habitent. Elles explorent donc à loisir la montagne située derrière chez elles, qui devient leur terrain de jeu privilégié ; jusqu’au jour où un tueur de jeunes femmes se met à sévir dans leur montagne. Leur père, détective, est chargé de l’enquête mais le tueur se montre insaisissable.

La deuxième partie du roman se déroule trente ans plus tard. L’affaire de ‘L’étrangleur du crépuscule’ est toujours présente à l’esprit de Rachel, devenue écrivain. Elle va enfin pouvoir y mettre un point final et continuer à vivre.

Outre le style de Joyce Maynard que j’aime énormément, j’ai été totalement en empathie avec Rachel. Ces quelques mois de son adolescence se déroulent dans un tumulte d’émotions et de bouleversements physiques relatifs au passage de l’enfance à l’âge adulte, qui sont très bien décrits.

La relation forte et fusionnelle entre les deux sœurs est très touchante ainsi que l’amour entre les membres de cette famille « décomposée ».

Je ne parle pas du silence qui hurle parfois dans mes oreilles ni du vide que ma sœur a laissé et qu’aucune personne, si aimée soit-elle, ne pourra jamais remplir.

J’ai été accrochée dès les premières pages du roman et je le suis restée tout au long de ma lecture (malgré une pause de 2 jours pour cause de week-end avec ma propre sœur). Ce fut encore une fois un ravissement de lire Joyce Maynard, dommage qu’il ne me reste plus beaucoup de romans de cette auteure à découvrir.

Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher du soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie –, un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans, et il avait déjà tué beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose qu’on verra jamais.
C’est à ma sœur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois, ma sœur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas su la sauver.
Voici notre histoire.

PRÉSENTATION

Été 1979, Californie du Nord. Rachel, treize ans, et sa sœur Patty, onze ans, se préparent à passer leurs vacances à vagabonder, rêvant d’inattendu. Et l’inattendu arrive. Effroyable, une succession de meurtres de jeunes femmes, tuées dans la montagne selon un même mode opératoire : la chasse à l’Etrangleur du crépuscule commence. L’inspecteur Torricelli, le père des fillettes, dirigera l’enquête. Trente ans plus tard, Rachel raconte : la traque épuisante, leurs vies suspendues, et ce jour où les deux sœurs se sont retrouvées face à l’étrangleur… Fantasme de gamines hystériques, avaient déclaré les autorités. Depuis lors, Rachel s’est donné pour mission de retrouver cet homme. Roman d’apprentissage, polar psychologique : Joyce Maynard a su ériger ce fait-divers réel en un conte cruel haletant.

Love, etc. (1994) – Julian BARNES

Le triangle amoureux, voilà un thème souvent traité, que ce soit en littérature (Jules et Jim) ou au cinéma (Jules et Jim again, Brothers).

Je n’ai pas vu le film de Marion Vernoux, tiré de ce roman et pourtant j’aime beaucoup Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg et Charles Berling.

Et cela était pour le mieux car avoir un visuel ne m’aurait sans doute pas permis de savourer l’aspect « so british » de ce roman. J’avais presque l’impression d’entendre l’accent anglais en lisant !

Stuart et Oliver sont amis depuis l’adolescence. Leurs caractères sont foncièrement différents, pour ne pas dire opposés. Là où Stuart est réservé, timide et manque de confiance en lui, Oliver est exubérant, pontifiant et affiche une assurance sans pareille.

Stuart fait pale figure auprès de son ami puis un jour, il rencontre Gillian. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Bien entendu, Stuart présente Gillian à Oliver ; ils passent du temps tous les trois (à la Jules et Jim) et Stuart et Gillian se marient. Mais le mal est fait et Oliver est lui aussi tombé amoureux de Gillian.

Love, etc. explore les circonvolutions des sentiments amoureux en donnant la parole alternativement à Stuart, Oliver, Gillian et parfois à un personnage secondaire.

Le style évolue en fonction du personnage qui expose son point de vue et donne véritablement vie aux protagonistes. Lorsqu’Oliver prend la parole, le lecteur peut très bien visualiser son attitude à la fois grandiloquente et facétieuse, un peu à la Fabrice Luchini. Quant à Stuart, on sent qu’il manque d’assurance et son fort attachement pour Oliver et Gillian ressort nettement.

Julian Barnes nous livre une brochette de personnages intéressants et pittoresques mais ce « vaudeville » sait également émouvoir lorsque l’on ressent la fragilité et la détresse de ses acteurs.

PRÉSENTATION

Stuart et Oliver sont de vieux amis et, même s’ils diffèrent sur certains points (cette manie de la précision et ce goût des dictionnaires qu’a Oliver !), ils partagent beaucoup de choses à commencer par la même femme, Gillian. Enfin, affirmer qu’ils la partagent est peut-être exagéré, il serait plus juste de dire qu’ils se la disputent. Une classique histoire de trio amoureux ? Pas vraiment, car Julian Barnes, au lieu de confier le récit à un narrateur omniscient a choisi de donner la parole à chacun des protagonistes qui, conformément à un proverbe russe placé en exergue du roman, « ment comme un témoin oculaire ». Il en résulte un enchevêtrement de rancœurs, de mensonges, de remords, de culpabilité qui transforment le marivaudage en une véritable analyse chirurgicale des sentiments, sans que l’auteur renonce jamais à son humour très britannique.