Enfant de salaud de Sorj Chalandon

1987 – Le narrateur, journaliste, couvre le procès pour crime contre l’humanité de Klaus Barbie. Dans le même temps, il découvre le passé de son père à l’aide du dossier judiciaire de ce dernier.
Les sentiments à l’égard de Klaus Barbie sont clairs : horreur, dégoût, empathie pour les victimes. Les sentiments vis-à-vis du père sont plus ambivalents.
« Enfant de salaud » lui avait un jour asséné son grand-père, mais quel type de de salaud ? Menteur, fourbe, dangereux, violent, et tant d’autres « qualités » vont ressortir de cette plongée dans la relation père-fils.

C’est une lecture d’une grande force, tant dans le retour sur les ignominies perpétrées par Klaus Barbie, que dans les tentatives du fils d’arracher la vérité à son père.
Les extraits du procès sont terriblement émouvants, les enfants d’Izieu, déportés lors d’une rafle en 1944, sont présents tout au long du roman, et accompagnent l’enfant qu’était le journaliste dans sa quête de vérité.

La lecture habitée de Féodor Atkine, sa voix grave, viennent renforcer l’intensité du propos.
J’avais lu ce roman à sa sortie mais là, j’ai eu l’impression de redécouvrir le texte, comme si c’était la première fois. L’émotion était intacte, voire même décuplée.
Ce livre audio fait partie de la sélection du Prix Audiolib 2022, et c’est mon favori pour l’instant.
Un texte aussi fort que celui-ci, mis en voix d’une manière si respectueuse, c’est un indispensable !
Valeur ajoutée, l’entretien avec Sorj Chalandon, à la fin du roman. ❤

🇫🇷 𝑬𝒏𝒇𝒂𝒏𝒕 𝒅𝒆 𝒔𝒂𝒍𝒂𝒖𝒅 🇫🇷 de Sorj Chalandon chez Audiolib 🗣 Lu par Féodor Atkine

Un jour, grand-père m’a dit que j’étais un enfant de salaud.
Oui, je suis un enfant de salaud. Mais pas à cause de tes guerres en désordre papa, de tes bottes allemandes, de ton orgueil, de cette folie qui t’a accompagné partout. Ce n’est pas ça, un salaud. Ni à cause des rôles que tu as endossés : SS de pacotille, patriote d’occasion, résistant de composition, qui a sauvé des Français pour recueillir leurs applaudissements. La saloperie n’a aucun rapport avec la lâcheté ou la bravoure.
Non. Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans trace, sans repère, sans lumière, sans la moindre vérité. Qui a traversé la guerre en refermant chaque porte derrière lui. Qui s’est fourvoyé dans tous les sièges en se croyant plus fort que tous : les nazis qui l’ont interrogé, les partisans qui l’ont soupçonné, les Américains, les policiers français, les juges professionnels, les jurés populaires. Qui les a étourdis de mots, de dates, de faits, en brouillant chaque piste. Qui a passé sa guerre puis sa paix, puis sa vie entière à tricher et à éviter les questions des autres. Puis les miennes.
Le salaud, c’est le père qui m’a trahi.

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