Autant en emporte le vent (1936) Tome 3 – Margaret MITCHELL

Elle pensait à Tara et il lui semblait qu’une main fraîche et affectueuse lui caressait le cœur.

Dernière partie de ce magnifique roman et je finis en larmes ; en larmes car Melly et Rhett font décidément partie de mes personnages de fiction favoris (allez hop, directement avec le Prince André de Guerre et Paix et Danny Upshaw du Grand Nulle Part) et que je n’avais aucune envie de les quitter.

Cette troisième partie fait la part belle à Rhett. Puisque le mariage est la seule façon de se rapprocher de Scarlett, il s’y résoud en espérant la conquérir. Mais celle-ci reste dans ses chimères et ses rêves d’Ashley sans se rendre compte que l’homme qui se tient à ses côtés est idéal pour elle.

Pour la première fois de sa vie, elle avait rencontré quelqu’un, quelque chose de plus fort qu’elle, quelqu’un dont elle ne pouvait pas faire son jouet, quelqu’un qui la domptait.

De son côté, Melly se révèle être une véritable « grande dame », malgré le peu de moyens financiers, à l’opposé de Scarlett dont elle ne cessera pourtant jamais de prendre la défense.

Mélanie était jeune, mais elle possédait les qualités que ces gens, ces rescapés de la tourmente, appréciaient. Elle était pauvre, mais elle conservait sa fierté. Courageuse, elle ne se plaignait jamais. Elle était gaie, accueillante, aimable, et surtout fidèle aux anciennes traditions. Mélanie se refusait à changer, elle se refusait même à admettre qu’il fût nécessaire de changer dans un monde en pleine transformation. Sous son toit, le passé semblait renaître.

Scarlett, elle, enfin riche et à l’abri du besoin, reste une enfant capricieuse et obstinée, « plus attirée par ce qui brille que par l’or véritable« . Malgré son intelligence pratique, elle ne voit pas comme Rhett, ce que la société peut lui apporter de bon et continue à n’en faire qu’à sa tête sans penser aux éventuelles retombées sur ses proches.

Jeune mariée, belle et provocante avec ses toilettes luxueuses, solidement soutenue par la fortune de Rhett, Scarlett, triomphante, se laissait emporter sur la crête de cette vague de vulgarité. L’époque lui convenait. Grossièreté et arrogance, rudesse et poudre aux yeux, trop de femmes parées comme des idoles, trop d’intérieurs clinquants, trop de bijoux et de chevaux, trop de plats sur les tables et trop de whisky.

Elle a un voile devant les yeux et est incapable de voir les choses telles qu’elles sont réellement. J’avais juste envie de la secouer pour qu’elle se rende compte des trésors que sont Melly et Rhett dans sa vie.

Et maintenant que Scarlett promenait un regard triste sur les années écoulées, elle se rendait compte que Mélanie s’était toujours trouvée à ses côtés, le sabre à la main, discrète comme une ombre, aimante, luttant pour elle avec une loyauté passionnée, combattant les Yankees, le feu, la faim, la pauvreté, l’opinion publique et même ses parents qu’elle chérissait.

Oui, ça me fait de la peine de vous voir repousser le bonheur à deux mains tout en vous efforçant d’atteindre quelque chose qui ne vous rendra jamais heureuse. Ça me fait de la peine parce que vous êtes une insensée.

L’écriture est toujours aussi belle, le texte toujours aussi fort et aussi intense. Margaret Mitchell laisse peu de répit à son lecteur dans cette dernière partie où la tension dramatique va augmentant jusqu’aux dernières pages, qui sont d’une très grande beauté.

Elle n’avait compris ni l’un ni l’autre des deux hommes qu’elle avait aimés et, partant, elle les avait perdus tous les deux. Ses pensées suivaient un cours tortueux, indécis. Elle se rendait compte peu à peu que si elle avait compris Ashley elle ne l’aurait jamais aimé, mais que si elle avait compris Rhett elle ne l’aurait jamais perdu. Désespérée, elle se demanda si elle avait jamais compris quelqu’un.

PRÉSENTATION

Pendant la guerre de Sécession, alors que le Sud esclavagiste auquel ils appartiennent tous les deux est en train de perdre ses dernières batailles contre le Nord, Rhett Butler et Scarlett O’Hara s’aiment et se déchirent.

Autant en emporte le vent (1936) Tome 2 – Margaret MITCHELL

C’était l’enfer, elle s’y trouvait pour de bon maintenant.

Le deuxième tome commence par une scène d’apocalypse, quelle différence avec le début du premier tome !

Et cela va continuer tout au long de cette deuxième partie que j’ai encore plus appréciée. Le récit se situe cette fois à la fin de la guerre, que les Yankees viennent de gagner. Les sudistes sont chassés de chez eux, leurs maisons, leurs villes sont détruites. Scarlett révèle une force de caractère insoupçonnée et son caractère change. Elle ne devient pas plus gentille ou plus altruiste, non ; elle développe une « brutalité sans scrupules » face à une situation de pauvreté, de faim et d’insécurité qu’elle n’aurait jamais imaginé connaître.

Comme il était impossible de revenir en arrière, elle se portait résolument en avant.

Quelque part, sur le long ruban de route qui serpentait à travers quatre années, la jeune fille parfumée, chaussée de mules légères, s’était effacée, avait cédé la place à une femme aux yeux verts et durs qui comptait son argent et s’abaissait à des travaux serviles, une femme à laquelle le naufrage n’avait rien laissé en dehors de l’indestructible sol rouge sur lequel elle vivait.

Ce personnage de Scarlett, qui me déplaisait tant, devient à mes yeux très intéressant. Elle ne change pas réellement, elle développe des aspects de son caractère lui permettant de survivre. Là où je la trouvais futile, elle devient complexe mais toujours aussi avide. J’aime beaucoup cette évolution. Là où elle manquait de culture, elle développe une intelligence pratique rare chez les femmes à cette époque.

D’ailleurs ce changement la rapproche encore de Rhett car ils se ressemblent de plus en plus.

Je vous aime, Scarlett, parce que nous nous ressemblons tant.

L’autre aspect important de cette deuxième partie est la Reconstruction. Les Yankees ayant gagné la guerre, les Sudistes se retrouvent en position de vaincus et cet état de fait va perdurer car les vainqueurs entendent bien mettre en oeuvre leur domination.

Les Yankees maintenaient le Sud dans un état de prostration dont ils n’entendaient pas le laisser se relever.

…pour elle et pour tout le Sud, la guerre ne prendrait jamais fin. La lutte la plus âpre, l’ère des vengeances les plus brutales ne faisait que commencer.

Dans les grandes demeures prétentieuses, des flots de vin et de lumière, la danse et les violons, le brocart et le drap fin ; de l’autre côté de la rue, le froid, la lente inanition. L’arrogance et la dureté pour les vainqueurs, une endurance poignante et la haine pour les vaincus.

D’autre part, l’esclavage est aboli. Cependant, ce qui est avec le recul une très bonne chose, est mise en pratique de manière désordonnée et irréfléchie. Les noirs auparavant accompagnés et encadrés en toute chose se retrouvent livrés à eux-mêmes. Certains paniquent et veulent retrouver leur ancienne servitude, certains profitent de l’indolence de leur nouvelle condition et d’autres enfin deviennent agressifs car les abolitionnistes leur martèlent qu’ils ont tous les droits.

Margaret Mitchell explique ainsi l’émergence du Ku Klux Klan, une organisation de représailles contre les violences faites par les anciens esclaves aux Sudistes.

Ce fut la multiplicité des attentats perpétrés contre les femmes et le désir de soustraire leurs épouses et leurs filles à ce péril qui exaspéra les hommes du Sud et les poussa à fonder le Ku-Klux-Klan. Ce fut aussi contre cette organisation, qui opérait la nuit, que les journaux du Nord se mirent à vitupérer, sans jamais se rendre compte de la tragique nécessité qui avait présidé à sa formation.

PRÉSENTATION

Pendant la guerre de Sécession, alors que le Sud esclavagiste auquel ils appartiennent tous les deux est en train de perdre ses dernières batailles contre le Nord, Rhett Butler et Scarlett O’Hara s’aiment et se déchirent.

Autant en emporte le vent (1936) Tome 1 – Margaret MITCHELL

Vainqueurs ou vaincus, ces soldats étaient les leurs.

Je suis en plein ravissement après la lecture de cette première partie du célèbre roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent, et je me demande pourquoi j’ai attendu si longtemps !

Beaucoup réduiront ce livre à une simple romance et si l’aspect romance est bien présent, il n’est évidemment pas le seul ingrédient du succès d’Autant en emporte le vent.

Le récit entier est foisonnant, et je n’en suis qu’à la première partie. Les descriptions des paysages de Géorgie sont magnifiques et imagées. Lorsque l’auteure parle de la guerre, elle n’en est pas moins intense, on peut sentir l’odeur de poudre flottant dans l’air, la fumée des canons assombrissant l’atmosphère, le désespoir et en même temps la foi des Sudistes en leur Cause. On comprend également que malgré cette foi qui parait infinie, les Sudistes vont perdre la guerre, comme le prédit Rhett Butler lors de sa première apparition dans le roman.

Ça ne pouvait pas être vrai, c’était grotesque que le ciel d’un bleu si tendre à l’aube naissante fût profané par la fumée des canons qui flottait sur la ville comme une nuée d’orage. C’était grotesque que l’heure chaude de midi tout imprégnée de l’odeur pénétrante du chèvrefeuille et des roses grimpantes fût rendue aussi terrible par les obus qui sifflaient dans les rues, éclataient dans un fracas de jugement dernier, projetaient au loin leurs éclats métalliques, déchiquetaient bêtes et gens.

Les personnages sont extrêmement vivants et bien dépeints. Scarlett est une jeune fille vaniteuse, égoïste, jalouse, manipulatrice, à « l’esprit versatile » mais l’on ne peut s’empêcher d’admirer son aplomb (allant de pair avec son égocentrisme). Mélanie, la femme de l’homme dont Scarlett est éprise, est un modèle de gentillesse et d’altruisme, mais elle n’en est pas agaçante pour autant. Son dévouement et l’affection sincère qu’elle a pour ses proches forcent plutôt l’attachement. Quant au célèbre Rhett Butler, il est décrit comme un bel homme mais ce qui est séduisant aux yeux de la simple lectrice que je suis, c’est surtout sa malice, sa clairvoyance et sa franchise. Rhett est un filou et un égoïste, mais il assume totalement son attitude et ses actions. Il peut toutefois également faire preuve de bonté , notamment envers Mélanie, qu’il estime beaucoup.

Il souriait avec une telle effronterie, sa bouche avait une telle expression d’ironie cynique que Scarlett en eut le souffle coupé.

A l’inverse, Rhett est très clairvoyant à l’égard de Scarlett, il connait ses sentiments pour Ashley, le mari de Mélanie) et n’hésite pas à lui rappeler qu’il voit clair dans son jeu. Avec lui, Scarlett goûte le plaisir de flirter et d’être insouciante, choses qui lui paraissent essentielles mais qui ne sont pas les bienvenues en temps de guerre. Même si elle s’en défend, on sent son intérêt pour Rhett, la seule personne avec qui elle peut se laisser aller.

Mais certainement, je suis une fripouille, et pourquoi pas? Nous vivons dans un pays libre et un homme peut bien être une fripouille s’il en a envie. Il n’y a que les hypocrites comme vous, chère madame, il n’y a que les gens dont l’âme est aussi noire que la vôtre pour prendre la mouche quand on leur dit leurs vérités.

Par contre, même si on peut s’y attendre, j’ai été surprise par la manière dont sont décrits les noirs. A la lecture, on a l’impression que les « nègres » sont une race de chiens, parfois attachants et serviables et d’autres fois incorrigibles, mais on ressent peu d’humanité dans les personnages noirs. Cela-dit, Margaret Mitchell est issue d’une famille sudiste et l’esclavage est ancré dans leurs mœurs.

Sa petite main blanche disparut dans les grosses pattes noires, et les quatre nègres, ravis de cette rencontre et tout farauds de montrer à leurs camarades quelle jeune et jolie maîtresse ils avaient, se mirent à gambader comme des fous.

PRÉSENTATION

Pendant la guerre de Sécession, alors que le Sud esclavagiste auquel ils appartiennent tous les deux est en train de perdre ses dernières batailles contre le Nord, Rhett Butler et Scarlett O’Hara s’aiment et se déchirent.

La Lettre écarlate (1850) – Nathaniel HAWTHORNE

J’avais envie de lire ce roman depuis fort longtemps et maintenant que c’est fait, je reste un peu sur ma faim.

Le récit s’articule autour de trois personnages. Tout d’abord, il y a Esther Prynne, qui a commis le péché d’adultère et qui, en guise de punition, est condamnée arborer sur sa poitrine une lettre A écarlate. Elle vit avec sa fille Pearl, autre rappel permanent de sa faute.

Les deux autres protagonistes sont masculins, il s’agit du pasteur, dont la santé se détériore sans qu’aucune cause physique ne soit trouvée, et du médecin, nouveau venu dans la ville.

L’entremêlement de leurs trois vies est au cœur du récit.

Cependant, je n’ai pas accroché outre-mesure à ma lecture. J’ai trouvé le prologue long et décousu et je n’ai pas trop aimé cette entrée en matière.

De plus, j’ai ressenti un manque de rythme, un peu d’ennui par moments et j’ai déploré que l’auteur ne donne aucune explication sur l’état d’esprit de ses personnages.

J’ai toutefois apprécié le style classique et l’atmosphère sombre de l’ensemble du roman.

Ceux qui l’avaient suivie des yeux, chuchotèrent que la lettre écarlate jetait une lueur sinistre au long du sombre corridor.

PRÉSENTATION

La Lettre écarlate, c’est la marque au fer rouge qui désigne la femme adultère dans l’Amérique du puritanisme obsessionnel de l’époque coloniale. Trois personnages : Hester qui vit avec une dignité admirable sa faute et sa solitude. Arthur Dimmesdale, le jeune pasteur dont les élans mystiques soulèvent à Boston l’enthousiasme des fidèles mais qui, ensorcelé par Hester, ne parvient ni à dominer ni à vivre sa sensualité. Chillingworth, le mari, qui pendant des années tourmentera en silence le pasteur jusqu’à la folie et la mort. Le premier des grands romans américains, la clef d’une sensibilité nationale toujours partagée entre la tentation du scandale et le démon de la culpabilité.