Les règles d’usage (2016) – Joyce MAYNARD

J’ai encore eu un coup de cœur pour un roman de Joyce Maynard, ça va finir par devenir une habitude.

Écrire un roman qui a comme point de départ les attentats du 11 septembre est assez délicat à mon sens. D’une part, le sujet a été traité sous tous les angles : romans, films, reportages… Et par ailleurs, cela reste un sujet hyper sensible. Pour ma part, j’ai encore le cœur serré et les larmes aux yeux lorsque j’y pense. Ma visite à Ground Zero le mois dernier m’a d’ailleurs énormément émue.

Ce roman m’a évoqué Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer, roman qui m’avait aussi beaucoup touchée.

Wendy a 13 ans lorsque sa mère disparaît dans les attentats du 11 septembre. Elle vit avec sa mère, son beau-père qu’elle appelle Papa et son petit (demi) frère.

À 13 ans, Wendy est en proie aux affres relatives à cet âge. Ah le bonheur de l’entrée dans l’adolescence !!! Avant les attentats, elle est parfois en conflit avec sa mère, notamment au sujet de son père, un « artiste » qui ne prend pas vraiment au sérieux son rôle de père et n’est quasiment pas présent pour sa fille.

Lorsque celui-ci lui propose de venir vivre avec lui en Californie, puisque sa mère n’est plus là, Wendy y voit un moyen d’échapper à ses idées noires et de prendre un nouveau départ. Malgré la douleur de la séparation, aussi forte pour elle que pour son beau-père et son frère, elle quitte New York.

En Californie, elle va pouvoir se réinventer, loin de ses habitudes, de son chagrin, de la compassion des gens.

Elle rencontre de nouvelles personnes, apprend à connaître son père, apprend à se connaître elle-même. J’ai d’ailleurs cru à un moment que le roman allait prendre un aspect un peu mièvre, où tout est (presque) bien qui finit bien. Mais Joyce Maynard évite cet écueil. Certes, Wendy rencontre des personnes avec qui elle peut parler et cela lui fait du bien. Mais comme le dit la compagne de son père dans le roman, il y a des personnes à qui il ne vaut mieux pas s’attacher sous peine d’en souffrir un jour.

Wendy lit également beaucoup, ce qui l’aide à faire face à son chagrin, au deuil à affronter.

Il est d’ailleurs souvent fait référence à Anne Frank comme ayant parfaitement exprimé les pensées et questionnements pouvant se bousculer dans une tête adolescente. Chacune d’elle se retrouve confrontée à la noirceur des hommes, et doit affronter la dure réalité du monde adulte : la guerre pour l’une, le terrorisme pour l’autre.

J’ai aimé l’importance de la lecture comme moyen d’apprentissage de la vie, comme échappatoire vis à vis du quotidien. Je me suis totalement reconnue dans cette capacité à entrer dans un roman, dans cette impatience à retrouver son livre comme un rendez-vous avec des amis, dans l’empathie envers des personnages de papier.

Dieu est au courant ? s’enquit Louie.

On a envie de laisser tomber, reprit-il dès qu’il put parler. Sauf qu’il faut continuer. Il faut se lever le matin et verser des céréales dans les bols. On continue à respirer, qu’on le veuille ou non. Personne n’est là pour t’expliquer comment c’est supposé marcher. Les règles d’usage ne s’appliquent plus.

Elle ignorait qu’une chose lue pouvait la faire autant souffrir. Elle relut le passage, au cas où elle aurait mal compris. C’était comme si une personne qu’elle connaissait vraiment était morte et, tout comme elle l’aurait fait pour quelqu’un qu’elle aurait connu, elle sentit ses larmes couler.

Comment est-il possible, […], qu’on lise cette histoire qui est si triste que ça fait presque physiquement mal de voir les mots écrits sur la page ? Ce qui arrive aux personnages vous arrache carrément les tries – et puis le livre est fini. Et la première chose qu’on souhaite, c’est trouver un autre livre similaire.

PRESENTATION

Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre. Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu’elle connaît à peine – et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le cœur lourd, mais avec l’espoir que cette expérience lui sera salutaire. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais qui lui manque. Elle délaisse les bancs de son nouveau collège et, chaque matin, part à la découverte de ce qui l’entoure, faisant d’étonnantes rencontres : une adolescente tout juste devenue mère, un libraire clairvoyant et son fils autiste, un jeune à la marge qui recherche son grand frère à travers tout le pays. Wendy lit beaucoup, découvre Le Journal d’Anne Frank et Frankie Addams, apprend à connaître son père, se lie d’amitié avec sa belle-mère éleveuse de cactus, comprend peu à peu le couple que formaient ses parents – et les raisons de leur séparation. Ces semaines californiennes la prépareront-elles à aborder la nouvelle étape de sa vie ? Retournera-t-elle à Brooklyn auprès de ceux qui l’ont vue grandir ?

L’homme de la montagne (2014) – Joyce MAYNARD

Je n’ai pas souvenir d’avoir déjà été déçue par Joyce Maynard. À nouveau, je suis conquise par un de ses romans.

L’histoire se déroule en deux temps. La première partie se concentre sur le milieu de l’année 1979, année des 13 ans de Rachel, la narratrice.

Rachel et Patty, sa sœur de deux ans plus jeune, enfants de parents divorcés, sont laissées très libres par leur mère, avec qui elles habitent. Elles explorent donc à loisir la montagne située derrière chez elles, qui devient leur terrain de jeu privilégié ; jusqu’au jour où un tueur de jeunes femmes se met à sévir dans leur montagne. Leur père, détective, est chargé de l’enquête mais le tueur se montre insaisissable.

La deuxième partie du roman se déroule trente ans plus tard. L’affaire de ‘L’étrangleur du crépuscule’ est toujours présente à l’esprit de Rachel, devenue écrivain. Elle va enfin pouvoir y mettre un point final et continuer à vivre.

Outre le style de Joyce Maynard que j’aime énormément, j’ai été totalement en empathie avec Rachel. Ces quelques mois de son adolescence se déroulent dans un tumulte d’émotions et de bouleversements physiques relatifs au passage de l’enfance à l’âge adulte, qui sont très bien décrits.

La relation forte et fusionnelle entre les deux sœurs est très touchante ainsi que l’amour entre les membres de cette famille « décomposée ».

Je ne parle pas du silence qui hurle parfois dans mes oreilles ni du vide que ma sœur a laissé et qu’aucune personne, si aimée soit-elle, ne pourra jamais remplir.

J’ai été accrochée dès les premières pages du roman et je le suis restée tout au long de ma lecture (malgré une pause de 2 jours pour cause de week-end avec ma propre sœur). Ce fut encore une fois un ravissement de lire Joyce Maynard, dommage qu’il ne me reste plus beaucoup de romans de cette auteure à découvrir.

Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher du soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie –, un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans, et il avait déjà tué beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose qu’on verra jamais.
C’est à ma sœur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois, ma sœur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas su la sauver.
Voici notre histoire.

PRÉSENTATION

Été 1979, Californie du Nord. Rachel, treize ans, et sa sœur Patty, onze ans, se préparent à passer leurs vacances à vagabonder, rêvant d’inattendu. Et l’inattendu arrive. Effroyable, une succession de meurtres de jeunes femmes, tuées dans la montagne selon un même mode opératoire : la chasse à l’Etrangleur du crépuscule commence. L’inspecteur Torricelli, le père des fillettes, dirigera l’enquête. Trente ans plus tard, Rachel raconte : la traque épuisante, leurs vies suspendues, et ce jour où les deux sœurs se sont retrouvées face à l’étrangleur… Fantasme de gamines hystériques, avaient déclaré les autorités. Depuis lors, Rachel s’est donné pour mission de retrouver cet homme. Roman d’apprentissage, polar psychologique : Joyce Maynard a su ériger ce fait-divers réel en un conte cruel haletant.

Top 5 des livres lus en 2016

En début d’année, comme beaucoup d’entre nous, j’aime à la fois me retourner sur l’année écoulée et faire des plans pour l’année à venir.

Entre 2 challenges 2017, voici donc mon Top 5 des livres lus en 2016.


telechargementQuatrième de couverture
Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d’Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, ses enfants les jumeaux Caleb et Aaron. En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l’auteur nous raconte l’histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord. Pour cette œuvre généreuse et attachante, John Steinbeck a reçu le prix Nobel de littérature.
 
Vraiment mon coup de cœur de l’année ! Je l’ai lu sur les très bons conseils d’une amie qui a visé juste en me disant que ça devrait me plaire. Il y a tout ce que j’aime : la saga familiale, des personnages complexes et creusés, des errances, des attachements, des chagrins aussi. Maintenant, il me reste à voir le film d’Elia Kazan qui a été tiré de ce magnifique roman, en espérant qu’ils soit à la hauteur.

telechargement-3Présentation de l’éditeur
Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes. Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée. Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu’elle voit, entend ou touche. Et pourtant ces deux femmes si dissemblables se battent de la même manière pour exister dans un monde auquel elles ne se sentent pas vraiment appartenir. Situé dans le New Hampshire rural et raconté alternativement par Ruth et Dana, Les Filles de l’ouragan suit les itinéraires personnels de deux ‘soeurs de naissance ‘, des années 1950 à aujourd’ hui. Avec la virtuosité qu’on lui connaît, Joyce Maynard raconte les voies étranges où s’entrecroisent les vies de ces deux femmes, de l’enfance et l’adolescence à l’âge adulte – les premières amours, la découverte du sexe, le mariage et la maternité, la mort des parents, le divorce, la perte d’un foyer et celle d’un être aimé – et jusqu’au moment inéluctable où un secret longtemps enfoui se révèle et bouleverse leur existence.

telechargement-2Présentation de l’éditeur

Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. D. de V.

 


telechargement-1Présentation de l’éditeur

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore…

Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus.

Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac.

Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés. Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées.

Bien sûr, T out ce qu’on ne s’est jamais dit distille un suspense d’une rare efficacité. Mais ce livre qu’on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l’univers de Laura Kasischke. En distinguant cette œuvre envoûtante comme l’un des meilleurs romans de l’année, les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d’un écrivain majeur et fait le succès du livre, vendu à plus d’un million d’exemplaires.


51zanwihgbl-_sx307_bo1204203200_Présentation de l’éditeur
En 1974, Julie passe son été à Spirit-in-the-Wood, une colonie de vacances. Elle y rencontre un groupe de cinq adolescents qui se sont baptisés « les Intéressants » : Ethan, un surdoué des films d’animation ; Goodman et sa sœur Ash, jeunes New-Yorkais bien nés ; Jonah, le fils d’une célèbre chanteuse folk, icône de la contre-culture, et enfin Cathy, qui rêve de devenir danseuse.
Le roman suit leur vie pendant quarante ans. Ethan épousera Ash. Ensemble, ils connaîtront la réussite et les drames. Goodman devra faire face à la justice. Jonah se détournera de la musique. Et Julie ? Julie se cherchera pendant de longues années et racontera leur histoire à tous.

Une narration vertigineuse. Un livre sensible et profond.  Olivia de Lamberterie, Elle.
Un écrivain enchanteur. Addictif ! Thomas Mahler, Le Point.
Impressionnant d’intelligence et de maîtrise. Augustin Trapenard, Le Grand Journal.