Sur les chemins noirs (2016) – Sylvain TESSON

Le récit de voyage est une grande nouveauté pour moi. J’en suis restée à Sur la route de Jack Kerouac et je ne pense pas qu’il soit représentatif du genre…

Je me suis intéressée à cet écrivain après l’avoir vu dans La Grande Librairie, sa gueule cassée a attiré mon attention et j’ai eu envie de savoir ce qui lui était arrivé. Son roman ne décrit cependant ni sa chute, ni sa convalescence mais le périple entrepris à sa sortie de l’hôpital.

Sylvain Tesson entreprend de traverser à pied la France de l’hyper-ruralité, telle qu’établie par un rapport sur l’aménagement des campagnes françaises.

Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur Terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré dans ces pages comme des catégories du sous-développement.

Il parcourt donc la France en diagonale, parfois rejoint par des amis, parfois dans le souvenir de sa mère « morte comme elle avait vécu, faisant faux bond », un peu avant son accident.

Moi, je me plaisais à imaginer que le souvenir de ma mère se manifestait parfois dans les reflets d’un étang.

Le récit est parsemé de petites pointes d’humour qui rendent le narrateur sympathique. Il ne s’apitoie pas sur son sort mais s’accommode tant bien que mal de sa nouvelle condition physique.

L’écriture est belle et rend justice aux paysages traversés, elle installe un climat serein et reposant malgré les conditions spartiates de cette traversée.

Le récit de voyage ne va pas devenir tout à coup mon genre favori mais j’ai passé un bon moment de lecture.

C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie.

L’évolution avait accouché d’un être mal élevé et le monde était dans un désordre pas croyable.

PRÉSENTATION

Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides. La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs. Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.