Le sang du monstre (2016) – Ali LAND

Ce thriller paru chez Sonatine, ce qui est gage de qualité en règle générale, est un vrai page-turner, très efficace.

Le roman est écrit à la première personne, c’est Annie qui nous délivre son histoire. Malgré le fait d’avoir dénoncé sa mère à la police, elle éprouve toujours un amour très fort pour elle. Ses sentiments ambivalents sont difficiles à gérer, d’autant plus qu’elle débute l’année scolaire sous une nouvelle d’identité et dans une famille qu’elle connait à peine.

Annie, sous le nom de Milly, va tenter de se faire une place dans sa famille d’accueil et de se faire accepter notamment par la fille de la famille, une adolescente de son âge. Cependant, cette dernière n’a pas l’intention de lui faciliter la tâche et entreprend même une campagne de harcèlement à son égard.

L’auteure décrit très bien les tourments éprouvés par Milly, ses questionnements, son envie d’être acceptée, aimée. Elle installe une atmosphère inquiétante à souhait et distille au compte-gouttes les révélations sur les crimes commis par sa mère. Elle met également le doigt sur un phénomène qui me parait assez courant aux Etats-Unis : le harcèlement des « losers » par les « populaires ».

J’ai beaucoup apprécié ma lecture, ne m’ennuyant à aucun moment. Cependant, à force de lire des thrillers psychologiques, on finit par en connaitre quelques ficelles et je m’attendais plus ou moins à certaines révélations finales. C’est toutefois un excellent premier roman.

PRÉSENTATION

Après avoir dénoncé sa mère, une tueuse en série, Annie, quinze ans, a été placée dans une famille d’accueil aisée, les Thomas-Blythe. Elle vit aujourd’hui sous le nom de Milly Barnes et a envie, plus que tout, de passer inaperçue. Elle a néanmoins beaucoup de difficultés à communiquer avec les ados de son âge et préfère les enfants plus jeunes, plus particulièrement une petite fille vulnérable du voisinage. Sous son nouveau toit, elle est la proie des brimades de Phoebe, la fille des Thomas-Blythe, qui ignore tout de sa véritable identité. À l’ouverture du procès de la mère de Milly, qui fait déjà la une de tous les médias, la tension monte d’un cran pour la jeune fille dont le comportement va bientôt se faire de plus en plus inquiétant.

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Alphabet City (2013) – Eleanor HENDERSON

J’ai adoré ce roman, que j’ai trouvé très bien écrit et très intense.

Eleanor Henderson retrace 9 mois de la vie de trois jeunes gens, marqués par la mort par overdose de l’un des leurs (pas de spoiler, on l’apprend dès les premières lignes). Les trois adolescents sont eux-mêmes reliés uniquement par le souvenir de Teddy, leur disparu, frère, ami, amant.

Durant 9 mois, ils vont errer entre New-York et le Vermont, errer également dans cette époque troublée qu’est la fin des années 80. De concerts de rock en bastons, de soirées de défonce en concerts « straight edge » (pas d’alcool, pas de tabac, pas de drogues), ils vont aussi partir à la recherche d’eux-mêmes, tenter de se souvenir de Teddy. Mais ils finiront par se rendre compte qu’ils doivent le laisser partir.

Les personnages des parents sont très importants dans le roman, parents défaillants, parents absents, ou attentifs à leur manière… Il est intéressant de noter d’ailleurs que les parents représentant le plus une figure parentale attentive et protectrice, ne sont pas en définitive des parents « biologiques » mais des parents adoptifs. L’auteure offre également une belle réflexion sur l’adoption et l’identité des enfants adoptés.

Un autre aspect inévitable de ce roman est la ville de New-York ; c’est d’ailleurs la raison qui m’a poussée à le lire maintenant. New-York, ses rues, ses quartiers, son influence, se dotent sous la plume d’Eleanor Henderson d’une présence magnétique.

Le réalisme affleure à chaque ligne mais le style reste envoûtant et percutant à la fois.

Pour un premier roman, cela augure bien de la suite. Je ne suis pas surprise qu’Alphabet City ait été édité chez Sonatine, je l’aurais bien vu chez Rivages également .

PRÉSENTATION

Vermont, 1987. Jude et Teddy trompent l’ennui en fumant de l’herbe, tous deux rêvant d’une vie plus palpitante. Jusqu’au jour où un terrible drame les sépare… 
À 16 ans, Jude doit apprendre à faire le deuil de son meilleur ami, tout en essayant de trouver sa place dans le monde. Parti rejoindre son père à New-York, il découvre une ville hostile mais vivante, et s’initie au « straight edge », un courant punk radical. Loin des idéaux hippies de ses parents, Jude découvre une nouvelle famille, avec sa musique, ses rêves, ses excès aussi et ses terribles secrets…

 

Les lieux sombres (2009) – Gillian FLYNN

Une agréable surprise que ce roman de Gillian FLYNN. Je continue ma découverte des éditions Sonatine, je n’en suis qu’au début mais ça donne envie de persister.
A l’âge de 7 ans, Libby Day a vu sa famille décimée une nuit de janvier 1985. Ses deux sœurs et sa mère ont été tuées et son frère Ben envoyé en prison à vie pour ces meurtres. 24 ans plus tard, alors qu’elle se retrouve à court d’argent, elle est approchée par une association, un « Kill Club », cherchant à prouver l’innocence de Ben. Le témoignage à charge de Libby ayant fortement contribué à le faire condamner, elle est tout d’abord réticente mais nécessité faisant loi, elle se lance sur les traces de son passé, n’hésitant pas à affronter la « zonedombre » de ses souvenirs.

Les chapitres donnent la parole d’une part à Libby de nos jours et d’autre part à Ben et Patty (la mère de Libby) qui déroulent le récit de cette journée d’horreur.

On voit se dessiner progressivement le portrait d’une mère célibataire totalement débordée, coincée entre ses problèmes d’argent et l’éducation de ses enfants. On sent l’étau se resserrer autour d’elle inexorablement mais aucune solution n’apparait. Conséquence plus ou moins directe de cette situation, Ben est un adolescent renfermé, taciturne, n’ayant pas beaucoup d’amis, mal dans sa peau, dont on n’aura aucun mal à penser qu’il puisse être à l’origine des meurtres sanglants de sa famille.

De nos jours, le tableau n’est guère plus brillant : Libby, traumatisée comme de juste par ce qu’elle a vécu, se laisse vivre, sans beaucoup réfléchir au passé ou à l’avenir. « La mesquinerie qui m’habite est aussi réelle qu’un organe. » En se lançant, au départ à contrecœur, dans cette « enquête », elle va elle-même se remettre en question. Elle va par la même occasion découvrir énormément de choses sur sa famille qu’elle ne savait pas ou qu’elle avait occultées.

Les chapitres s’enchainent aisément et on tourne les pages sans s’en apercevoir, s’acheminant petit à petit vers l’horrible vérité sur ce qui s’est déroulé ce jour-là. Et la révélation finale s’est avérée à mes yeux encore plus cauchemardesque que tout ce que j’avais pu imaginer tout au long de ma lecture.

PRÉSENTATION

Début des années 1980. Libby Day a sept ans lorsque sa mère et ses deux sœurs sont assassinées dans leur ferme familiale. Rescapée par miracle, la petite fille désigne le meurtrier à la police, son frère Ben, âgé de 15 ans. Ce fait divers émeut tout le pays, et la jeune Libby devient un symbole de l’innocence bafouée. Vingt-cinq ans plus tard, alors que son frère est toujours derrière les barreaux, Libby, qui ne s’est jamais remise du drame, souffre de dépression chronique. Encouragée par une association d’un type très particulier, elle accepte pour la première fois de revisiter les lieux sombres de son passé. C’est là, dans un Middle West désolé, dévasté par la crise économique et sociale, qu’une vérité inimaginable commence à émerger. Et Libby n’aura pas d’autre choix pour se reconstruire, et peut-être enfin recommencer à vivre, que de faire toute la lumière sur l’affaire, quelles qu’en soient les conséquences. Bien loin des clichés et du manichéisme qui encombrent la plupart des thrillers contemporains, Gillian Flynn nous offre ici une intrigue d’une densité rare, des personnages complexes, tragiques, terriblement humains. Considérée dès son premier roman, Sur ma peau, comme l’une des voix les plus originales du thriller contemporain, elle confirme avec ce livre, où l’on retrouve son style intense et viscéral, son immense talent.